[Fiction]Final Fantasy XV

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[Fiction]Final Fantasy XV

Messagepar ErsselDCero » 17 Fév 13 à 18:45

Voici ma fic de Final Fantasy XV! En espérant qu'elle vous plaira!^^

Final Fantasy XV



Prologue

« Le Mal est le résultat de ce qui arrive quand l'homme n'a pas l'amour de Dieu dans son cœur. Il est comme le froid qui vient quand il n'y a aucune chaleur ou l'obscurité qui vient quand il n'y a aucune lumière. »
-Albert Einstein-


« Walhalla, capitale religionnaire du monde de Diversis. Où ne pas croire en Dieu, équivaut au Mal. Ville érigée par Arss l’Intemporel. Il naquit en même temps qu’une autre déité, Chadaz. Conscient de son immense pouvoir, l’Intemporel décida de créer un monde, un monde pouvant accueillir des créatures qui le servirait. Il les appela Chimères. Créature de lumière. Jaloux de ses créations, Chadaz invoqua la seule Chimère qu’il pouvait rendre réelle à ses côtés et voulut détruire Arss.
Celui-ci combattit de toutes ses forces Safer l’Ange sans Cœur et Chadaz le Maudit. Le sang qui s’était échappé de son ennemi allait former les futurs êtres humains et des centaines des monstres, tandis que celui de l’Intemporel continuait de produire d’autres chimères. Après une bataille acharnée, Safer, et son maître maudit se réfugia au centre de la Terre avec ses créatures près leur défaite. Fatigué, Arss se reposa et demanda à ses serviteurs de veiller sur les humains à son réveil et de surveiller Chadaz. Ses êtres nés de son sang ne pouvait qu’être destiné à la destruction.
Des centaines d’années plus tard, Arss l’Intemporel s’était enfin réveillé, pour purifier l’humanité de l’influence malsaine de Chadaz le Maudit.»

Chapitre I

Shannon scrutait la chambre de ses enfants. La poupée de Sara trainait par terre aux côtés des jeux de construction de Max. Ils dormaient encore, leur poitrine se soulevant lentement au rythme calme de leur respiration. Les volets dissimulaient suffisamment la fière clarté du soleil pour ne pas troubler cet instant. Habillée d’une simple chemise de nuit, la jeune femme démêla ses longs cheveux roux et raides avant de quitter la pièce. Coby réclamait sa nourriture. Percevant les plaintes de son chocobo, Shannon se décida à s’habiller. Elle enfila une jupe lui arrivant légèrement au dessus des genoux, son chemisier blanc ainsi que sa veste orangée et fila à l’écurie. Le bâtiment jouxtait la maison. « Pas besoins de porter mes bottes », se disait-elle. Dès que le grand oiseau la vit, il bondit et poussa des cris de joie stridents, jusqu’à ce que sa maitresse lui intime le silence. Il était hors de question de réveiller les enfants si tôt. De bonne taille pour son espèce, Coby était né peu après le mariage de Shannon. Cela faisait deux ans que Max et Sara en prenaient soin. Leur mère avait alors émis l’idée que les enfants pourraient élever chacun leur propre chocobo. Shannon soupira en y repensant. Elle ne cessait d’essuyer leurs demandes depuis cette suggestion.
*
Après s’être occupé de l’animal, la jeune femme enfila ses longues bottes. De véritables pièces d’amures dont elle avait hérité de son grand père. Le vieil homme, doté d’un penchant prononcé pour les combats, avaient prodigués de nombreux conseils et leçons à sa petite-fille. Respectant son savoir, Shannon glissa une lame le long de l’étrange cuir qui épousait parfaitement le galbe de ses jambes. Elle s’exerça d’un mouvement rapide à faire jaillir l’arme dans sa main d’un bond. Satisfaite, elle la remit en place et quitta l’écurie.

« Vous partez Mme Frozt ? »

Sa voisine qui venait de l’interpeller la fixait, cherchant à savoir si elle partait de nouveau à Walhalla, ou si elle comptait se contenter d’une petit promenade.

« Je vais au marché », répondit-elle en la regardant avec un sourire. « Et essayer de négocier avec le maire les monstres que j’ai réussi à abattre hier… »

« Voulez-vous que je surveille Sara et Max ? »

« Ce ne serait pas de refus ! Merci beaucoup Iyu Na ! Ah, et je dois aussi aller cueillir des fleurs pour remplacer les autres… »

« Sur sa tombe ? »

« Oui, c’est cela…N’en parle pas aux enfants d’accord ? Je n’ai pas envie qu’il s’inquiète à mon sujet.

« Je comprends bien madame », dit-elle en affichant une mine triste.

« Ne t’en fait pas ! Et puis, je t’ai déjà demandé de m’appeler Shannon !

Elle n’attendit pas de réponse et lui fit un signe de la main tout en arborant son sourire habituel. Elle pouvait faire confiance à Iyu Na. De huit ans son ainé, elle lui avait appris à se battre de la même manière que son Grand Père mais tout de même un peu plus de douceur. Une nourrice de confiance qui savait manier l’arme que Shannon prisait plus que toute autre : une Lame Runique finement ciselée recourbée à la pointe.
*
Après une courte marche, Shannon atteignit enfin la grande place. Sans hésiter, elle se dirigea vers la mairie trainant quelques Coquatrices par leurs longs cous. Les gens ne s’étonnaient plus de la voir transporter ainsi des cadavres de monstres. N’avait-elle pas traîné un Chimaira, épuisée, et les bras ensanglanté afin de vendre le fruit de son dur travail ? En la voyant, la secrétaire fit tout de suite prévenir le maire qui se hâta de l’accueillir, les bras ouverts. Ce qui était bien le moindre qu’il pouvait faire quand on savait la fortune qu’il parvenait à économiser grâce à elle. Sécuriser l’Eglise et ses alentours était une rude responsabilité avec tous ces monstres rodant dans les environs. Lorgnant sur les Coquatrices, il resta immobile, jugeant du meilleur prix à payer pour posséder leurs plumes et leur viande. Il sortit un étui de sa veste et tendit à la femme une liasse de billet. Mille gils. Loin de la valeur réelle qu’il allait en tirer mais Shannon n’était plus surprise de l’avarice dont faisait preuve le maire. Seules les grosses prises pouvaient les impressionner, lui et son portefeuille.

Il est vrai que les grosses prises se faisaient rares, ce qui expliquait pourquoi elle ne laissait jamais passer l’occasion d’en tuer –Le Chimaira était un parfait exemple. Pour ces Coquatrices, elle avait usé des pièges magiques qu’elle fabriquait ou achetait à la boutique de chasse du centre-ville. Pour attraper de petites créatures, il fallait utiliser de faibles pièges, pour ne pas trop abimer ce qui pourrait être une source de revenu. Par exemple, on peut disposer des pièges disposant d’un sort Foudre assez faible mais pouvant paralyser une personne normalement constituée. Ensuite, il ne restait plus qu’a exécuter la prise qui ne pouvait plus se défendre(en prenant garde aux éventuels réflexes de défense de la bête). Le tout était aussi de choisir des appâts, selon le terrain. La forêt recelait de ressources pour attirer le gibier et cacher les pièges facilement, ce qui était donc le terrain de chasse prisé par Shannon. Le Maire l’autorisait à chasser, et le Prêtre tolérait ses activités. Celui-ci comprenait bien qu’elle avait pour devoir, en tant que mère, de s’occuper de sa famille, et celle-ci savait bien que si ça ne tenait pas qu’à lui, elle se ferait arrêter.
*
Cela faisait plus de cinq maintenant que Shannon vivait à Sullan et pourtant, elle se sentait toujours aussi désarçonnée par le contraste entre le centre-ville et la place de l’Eglise. Beaucoup de hauts bâtiments avaient été bâtis à la place des vielles maisons de Sullan, créant ainsi un Quartier d’Affaire, moins grand que celui de Walhalla certes, mais ayant un rôle important dans la richesse de Sullan. Ajoutons à cela les multiples centres commerciaux en construction avoisinant d’immenses immeubles pour que tous les habitants aient un toit et vous obtenez une véritable ville. La modernité envahissait cette partie de la cité. Cependant, la grande place faisait encore vibrer la ville au diapason des temps ancien. Le marché se tenait ici tous les jours, au pied de la vénérable Eglise Arssite. Imposante, elle faisait plus penser à une ancienne tour, mais comme il avait fallu installer la statue de l’Intemporel, et accessoirement faire étalage de sa richesse, le maire l’avait faite agrandir et rénover tout en la parant de milles vitraux aux couleurs époustouflantes. Rien ne semblait pouvoir altérer cette antique beauté. Shannon ne put s’empêcher de songer à son mari, qui tout comme cette église, demeurerait à jamais ici, plongé dans son éternel sommeil.
*
La place était curieusement vide mais après réflexion, Shannon songea qu’il devait bientôt être l’heure des offices religieux. Ne voulant pas faire l’objet de nouvelles discussions de la part de ses voisins, elle se rendit à l’Eglise. Le prêtre avait déjà débuté son sermon et encore une fois, expliquait la façon dont le monde était né. Il enchaina ensuite sur un autre de ses discours habituel. Tout le monde buvait ses paroles, ce qui montrait le respect des fidèles envers le vieil homme.
« La bonne parole que Arss nous à transmise, à nous les Invokeurs et les Prêtres, nous permet de vous maintenir, vous les Hommes sur le bon chemin. Dans toute sa compassion, au lieu de nous détruire, il nous est apparu pour ne pas que vous échouez plonger dans le Mal, et les Ténèbres.

Shannon n’écoutait pas. Ses paroles ne la faisaient pas réagir. Elle préféra reporter son attention sur les statues sculptées à même les murs de marbres de l’Eglise. Ifrit, la Chimère au cœur ardent. Bahamut, la Chimère légendaire. Et bien d’autres encore, toutes bêtes censées protéger la population. Leurs noms uniquement connus des prêtres et des Invokeurs, les guides vers un monde meilleur. Ces personnes étaient apparues en même temps qu’Arss et ses Chimères. Mais il n’y avait pas qu’eux. D’autres créatures, les monstres avaient envahis les contrées de Diversis. Seule la bénédiction d’Arss pouvait protéger les gens de ces choses. Et la bénédiction d’Arss semblait directement liée aux Invokeurs.
*
Shannon nourrissait des doutes sur Dieu. Elle se posait souvent des questions sans jamais vraiment l’approfondir. Par crainte des réactions de l’Eglise et de son entourage sans doute mais aussi un peu parce que le secret des divinités semblait toujours hors de portée des mortels. C’est peut être au moins pour cette raison qu’elle a pris soin de ne pas envoyer ses enfants à l’école qui est gérée par les Prêtres et Invokeur, et de prendre en charge leur éducation jusqu’à l’âge de douze ans où ils pourront choisir quel métier exercer. Elle connaît bien sûr la religion, c'est-à-dire les croyances de base, ce qui est indispensable pour ne pas attraper des ennuis.

Shannon secoua la tête pour chasser ces idées et se concentra sur la fin du sermon.

« Rappelez-vous que Chadaz nous influence par ses Ténèbres grâce à son messager Safer. Connaître le nom des émissaires maléfique du Maudit suffit à vous affaiblir face au mal et Chadaz pourra s’immiscer en en vous. Si cela arrive, vous devez absolument vous faire purifier. Ceci sera ma dernière requête. Allez-en paix. Ainsi soit-il. »

L’assistance répéta la dernière phrase et se leva ensuite pour entonner des chants de louange pour Arss et son vieux prêtre.

« C’est vrai qu’il va bientôt rendre l’âme », pensait Shannon en attendant la fin de la cérémonie.

Elle se fichait éperdument de ses dernières paroles. Elle connaissait le nom de tous les monstres qu’elle croisait et ce, depuis leur apparition. Et elle ne sentait pas pour autant affaibli ou envahi par le mal.

« Les noms », songea-t-elle avec un sourire moqueur.

Le maire avait décidé d’imposer de nouvelles appellations, ridicules d’ailleurs. Il voulait nommer les Coquatrices, les Pouladents. Même chose pour les Chimères. Il fallait les désigner par leurs noms honorifiques. Des banalités, comme, le Puissant pour Ifrit, ou le Destructeur pour Bahamut.
*
Après la fin des chants, des dizaines de personnes se réunirent autour du vieux prêtre qui les prenait un par un dans ses bras affaiblis. Shannon emprunta le chemin vers les grandes portes de bois qui la mènerait vers la tombe de son époux. Mais le vieux prêtre gardait le regard affuté et il scrutait depuis son entrée dans l’Eglise. Il l’appela par son nom dès qu’il l’a vit commencer à s’éloigner. Elle hésita mais elle savait qu’elle devait faire preuve de politesse et se prêtait aux jeux des conventions dont elle aurait alors bien préféré se passer.

« Oui mon père ? », dit-elle en faisant volte face.

« Viens par ici…, répondit-il d’une manière douce mais altérée par sa voix tremblante. Tu n’es pas venue avec tes enfants aujourd’hui. Sont-ils malades ? »

« Non, ils dormaient encore. Vous savez, ils ont besoin de repos à cet âge. »

Il la scrutait encore, la détaillant entièrement. Puis, brusquement, son sourire habituel revint éclairer son visage et entama la discussion avec la femme. Après quelques banalités, il revint à nouveau sur son défunt mari. L’époux de Shannon n’avait pas été enterré selon les rites Arssites, ce qui était bien le cadet des soucis de son épouse à ce moment là, et le vieux prêtre se proposait de corriger cela. Prétextant la fatigue du vieil homme, elle refusa poliment. L’idée même que l’on puisse toucher à cette tombe la révulsait. C’était elle qui l’avait faite, alors qu’elle était encore enceinte de Sara et Max. Son hypermnésie –une maladie pratique mais horrible à la fois- gardait en elle tous ces souvenirs vivaces, la conduisant presque à s’échouer dans un océan de tristesse. Mais la présence des jumeaux grandissant dans son ventre lui avait donné une raison de ne pas désespérer et de s’accrocher à la vie. Elle chassa sa tristesse naissante pour répondre au prêtre qui venait d’aborder le sujet de l’éducation de ses enfants. Elle fronça les sourcils en y pensant. Elle n’aimait déjà pas qu’on lui dise comment s’occuper d’eux mais de la part de gens n’en ayant jamais eu, cela lui paraissait encore plus ironique. La conversation prit fin, au grand soulagement de Shannon qui put enfin quitter l’Eglise.
*
Elle se rendit enfin au cimetière. Entouré d’une immense grille à la peinture écaillée, elle poussa le large portail et emprunta le chemin de droite jusqu’à atteindre une tombe couverte de fleurs fanées.

« Il était temps que je vienne », se dit-elle en prélevant des fleurs sauvages dépassant du grillage.

Elles ressemblaient beaucoup aux cheveux de la jeune mère. Roux comme des flammes décrivant des mouvements vifs dans l’air. Elle en cueillit quelques unes et les accrocha au sommet de la pierre tombale où était écrit d’une façon grossière le nom de son mari. Son chagrin reprit le dessus. Son sourire s’effaçait un peu, mais ses larmes se refusaient à couler. Elle aurait pourtant tant voulu évacuer, ne serait-ce qu’un peu, la tristesse qui lui empoignait le cœur. Heureusement pour elle, des cris d’enfants, dont elle savoura chaque son, lui rendirent son sourire habituel. Sara et Max étaient à la grille. Dès qu’ils virent leur mère, ils accoururent vers ses bras protecteurs. Shannon se plaignit dans son for intérieur de l’inattention de Iyu Na tout en la remerciant pour ce moment privilégié qui ne pouvait tomber à un meilleur moment. Elle leur caressa la tête tout en les recoiffant.

« Vous avez bien dormis, j’espère ? »

« Oui, sauf que Max, il ronflait tout le temps », dit Sara.

« C’est pas vrai », rétorqua le petit bonhomme roux.

« Vous êtes incorrigible ! Où est Iyu Na ? »

« Elle est toujours à la maison. Elle veut te parler de quelque chose.

« Très bien, je vous tiens la main ? »

« Oui ! » répondirent-ils à l’unisson.

La présence de ses enfants l’apaisait. C’était comme s’ils avaient sentis que leur mère s’attristait et qu’ils agissaient en conséquences. Quel bon timing… Les enfants pouvaient ressentir tellement de choses.
*
Arrivés à la maison, tout était silencieux. Connaissant sa voisine, elle aurait allumé une télé, ou autre chose. Mais là, rien. Sara et Max coururent fouiller le rez-de-chaussée, laissant à Shannon l’étage. Mais, celle-ci ne trouva pas Iyu Na. Elle finit par descendre et ce ne fut que lorsqu’elle se rendit à la cuisine qu’elle comprit.

« Joyeux anniversaire ! »

Les dernières traces de tristesse venaient littéralement de s’envoler au profit d’une joie immense et d’un profond sentiment d’affection envers sa voisine et ses deux enfants. Ceux-ci avaient tenté de cuisiner, les traces de batailles qui parsemaient la cuisine en témoignaient. Mais le cœur y était visiblement et ce fut une fierté énorme qui l’emplit. Ses enfants avaient transformé un début de journée catastrophique en un merveilleux moment unique et empli de chaleur. Iyu Na décréta qu’il était temps de manger. Ils s’attablèrent tous et profitèrent du repas. Après avoir savouré cet instant de paix, Shannon prépara des pièges magiques pour la chasse qu’elle devait effectuer le lendemain, avant de partir pour Walhalla.
*
Dans cet Après Midi rayonnant, la jeune mère se rendit avec Sara et Max dans le quartier commerçant pour y faire quelques achats afin de cuisiner le repas du soir. Tenant les enfants par leurs petites mains, elle examinait la marchandise présente derrière les vitrines, au cas où de petites babioles puissent plaire aux enfants. Première destination, la boulangerie. La boulangère connaissait très bien Shannon, et son Grand Père depuis bien longtemps. Cette femme forte et âgée d’une soixantaine d’année, adorait les enfants de la jeune femme, à qui elle n’hésitait pas de leur donner un pain qui sortait tout juste du four. De tous les commerçants, Madame Joanne devait être la seule à encore utiliser des méthodes qui révulserait les gens féru de gadgets.

En voyant sa cliente favorite, Joanne pris deux gros pain ronds et les déposa au fond d’un sac en papier. Shannon lui tendit une pièce de deux gils, et prit le sac. Les deux petits enfants roux réfléchissaient. Quel bonbon choisir. C’était très amusant de les voir ainsi, car on a l’impression que leurs vies en dépendaient. Pendant ce temps, Shannon en profita pour discuter des dernières nouvelles avec Joanne. Que des banalités pour le moment, rien de bien préoccupant : La hausse des taxes pour les commerçants ; le Prêtre qui va bientôt achever ses fonctions, et bien d’autres. Ce n’est que lorsque qu’elle vit des gens en uniforme dépasser la boutique qu’elle se ravisa à écouter. Ceux-ci était passés en tenant un homme qui ne paraissait pas heureux de sa compagnie. Il criait même des insultes, laissant penser à tout le monde qu’il est possédé par Chadaz.

« Encore des soldats de l’Armée Sainte, soupira la boulangère. On dit qu’il cherche des hérétiques, ayant des liens avec Chadaz. Je ne pensais pas que M.Balam était l’un d’entre eux.

« Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle soudainement effrayée par la simple vue de ses uniformes.

« Je ne sais pas. Que Arss nous protège, s’exclama-t-elle en tendant les paumes au ciel.

Finalement, la journée persistait à parasiter la vie de Shannon. L’Armée Sainte représentait la puissance Guerrière d’Arss sur Terre. A chaque vue de l’Armée, Shannon avait la certitude qu’elle possède tout les droit, tant que c’est au nom de Dieu. Les hérétiques désignaient ceux qui devaient se faire purifier car Chadaz les influençait. Ceci fit réfléchir la jeune mère sur la situation. Mais heureusement, elle n’eu pas le temps de trop y songer. La petite main timide de Sara lui tira la jupe, un sac de bonbons à la main. Lui faisant un grand sourire, elle ne put conserver sa mine inquiète.

« Sa demoiselle a donc choisi ? demanda la boulangère sur un ton ironique.

« Moi aussi, rétorqua Max avec énergie.

Après avoir payé, ils quittèrent la boutique, pour se rendre dans les autres boutiques. Depuis la mort du mari de Shannon, presque tous les commerçants s’étaient pris d’affection pour elle. Même avec la chasse, en partie à cause du maire, il était difficile pour la jeune mère de joindre les deux bouts. C’est sans doute pour cela qu’elle bénéficiait de rabais sur les articles. C’était un plaisir pour chacun de revoir Sara et Max, tout souriant avec leur mère.

Mais malgré cela, la tension était palpable. Toutes les rues étaient remplies de soldats, qui inspectaient des maisons une à une et y mettait le feu si nécessaire. Le feu avait selon les Prêtres, le pouvoir de purifier un lieu habité par un hérétique. Shannon frissonnait à l’idée que sa maisonnée subisse le même sort, comme tous les autres habitants. L’Armée représentait la cause divine de Arss l’Intemporel, la parfaite partenaire de l’Eglise qui assurait l’éducation. Elle bénéficiait donc en conséquence d’une liberté sans limites. Une liberté gênante pour le peuple.

Des hommes comme celui de la dernière patrouille criaient des insultes, voire qu’on les achève. Des portes ont été enfoncées, et des enfants pleuraient, les bras couvert de brûlures et de sang. Tout ceci effraya les enfants de Shannon qui s’efforçait de rester calme et s’empressait de terminer ses achats au plus vite. Ils se calmeront peut être lorsqu’ils seront rentré pour leurs leçons.
*
Depuis peu, Shannon enseignait la lecture, les nombres et le calcul à ses enfants tous les soirs, avant de préparer le diner. Les progrès de sa petite fille étaient impressionnants. Max excellait dans les nombres, mais la lecture lui causait certains problèmes.

« Maman ! Je ne n’arrive pas à lire cette phrase ! crie le petit enfant en montrant le manuel à sa mère.
Celle-ci allait l’aider, mais quelqu’un cogna à la porte. Pensant à la patrouille de toute à l’heure, elle frémissait à l’idée que l’Armée s’en prenne à elle et qu’elle soit séparée de sa propre chair. Doucement, elle s’avança vers la porte, et tourna délicatement la poignée. Elle poussa un soupir lorsqu’elle vit la voisine devant elle.

« Bonsoir, Mada…euh, je veux dire, Shannon.

« Bonsoir Iyu Na, que me vaut l’honneur de ta visite ?

« Je viens vous dire que l’Armée a arrêté pas mal de personne aujourd’hui, lui chuchota, même M.Balam. Vous savez, cet homme très discret.

« J’ai vu, je me demande pourquoi ils font ça…

Tout à coup, un bruit sourd résonna dans toute la place. Il provenait d’une maison qui se situait à côté de l’Eglise. Celle-ci commençait à brûler, et des enfants en sortirent suivis d’un homme d’une trentaine d’année. Celui-ci se raidit de peur devant un groupe d’hommes armés de long fusils, mené par une femme. Les enfants pleuraient, tandis que les soldats pointaient du bout de leurs armes la tête de leur cible.

« Emmenez-le. Walhalla t’attend, Cid Wayne.

Une odeur épouvantable avait envahit la place. Au loin, d’autres maisons étaient consumées par les flammes. Des gens criaient, et émergeait des immenses buildings, escortés par des soldats. Heureusement que Sara et Max ne voyaient pas ces horreurs. Mais il ne fallait surtout pas qu’elle fasse un seul geste suspect.

« Voilà ! J’y vais ! murmura Iyu Na avec empressement.

« Attends ! Reste un peu à la maison. Tu pourras même y rester pour dormir.

« Merci…Je ne sais pas comment vous remercier.

« N’aie pas peur, répond-elle en s’efforçant de rester calme. Entre.

La jeune femme était rassurée à l’idée de passer la soirée chez sa voisine. Elle se faufila discrètement dans la salle de manger.

« Maman, pourquoi la maison brûle dehors ? Monsieur Cid va partir ?

« Ne vous inquiétez pas les enfants, nous allons finir vos leçons et manger. Iyu Na ? Tu te joindras à nous ?

« Si vous voulez ! Je vais vous aider à préparer le repas !

Cette arrestation ajoutait du poids aux certitudes que Shannon avait sur l’Armée Sainte. En plus d’inspirer la peur dans l’esprit des gens, celle-ci était dotée d’une influence et d’une puissance qui ne pouvait être combattue par un seul Homme. L’Armée avait toujours donné quelques angoisses à la jeune mère, qui s’amplifiait à la vue de ses enfants.
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Re: [Fiction]Final Fantasy XV

Messagepar ErsselDCero » 29 Mar 13 à 18:08

Final Fantasy XV

Chapitre II

La forêt était très calme en cette fraiche matinée. Le sol était mouillé par la pluie de la veille. Cette averse avait permis aux maisons brûlées par les soldats de l’Armée Sainte de ne pas étendre leurs flammes partout dans la ville. Ces interventions auraient pu empêcher Shannon de chasser car elle n’était pas sûre que les soldats restent sur place ou ne préfèrent quitter Sullan. Ceux-ci semblaient avoir capturé toutes les personnes sur leur liste ; malheureusement pour elle, quelque soldats étaient restés pour surveiller les Sullain en vue de déceler d’autres dissidents et s’étaient mis à patrouiller partout, même en forêt. Leur présence était facile à deviner aux vues des nombreuses traces et avait poussé les animaux à migrer vers les profondeurs de la forêt. De plus, de la fumée s’échappait dans le ciel au loin. « Sans doute une habitation » se dit Shannon en songeant que la rafle de l’Armée continuait encore aujourd’hui. Même s’il n’y avait que quelques soldats, le moindre geste irrespectueux pouvait valoir un envoi aux prisons de Walhalla. Secouant la tête pour chasser ces pensées horribles de son esprit, elle se concentra sur les pièges à installer.

Sur le sol mouillé, Shannon remarqua des traces entre deux arbres. Elle les examina avec attention. Des empreintes de chaussures. Elle leva son regard et fixa les branches de l’arbre à sa droite. Elle détecta la présence d’un soldat. Sa magie emplissait tellement l’air qu’il était impossible pour elle de ne pas le remarquer. La chasseuse prit soin de ne pas attirer son attention et s’en alla, loin des soldats qui l’angoissaient. Elle essaya de ne pas s’inquiéter davantage. S’ils avaient voulu la tuer, ils l’auraient fait depuis des heures. De plus, ils semblaient observer la forêt au lieu de chercher quelque chose en particulier. Shannon examina à nouveau le sol boueux et les arbres pour entamer sa chasse. Elle avait capturé des oiseaux pour elle-même, mais ce n’était pas avec eux qu’elle pourrait payer ses factures. Alors qu’elle réfléchissait à quels animaux attraper, une odeur nauséabonde attira son attention. Elle découvrit un lapin des forêts, en état de décomposition, caché dans un buisson. Des empreintes d’inscrivaient dans la boue et des griffures marquaient l’écorce d’un arbre. Des lambeaux de bois gisaient sur le sol. Shannon prit un morceau et l’examina attentivement. Il y avait du sang frais dessus. Il y avait donc eu un combat ici. Laissant de côté l’écorce, elle scruta les empreintes pour les analyser. Elle reconnu tout de suite les larges pattes du Carapacroc. Une créature possédant une large carapace et n’ayant comme point faible que sa tête. D’autres empreintes comportaient une large griffe centrale, caractéristique des Coquatrices. Celle-ci était d’ailleurs le seul élément qui avait permis à la chasseuse de reconnaître le monstre. « Des Carapacrocs ont du les tuer alors qu’elles cherchaient de la nourriture. Et c’est sans doute ce lapin qui les attirés » pensait-elle. Les Coquatrices pouvant manger n’importe quoi, il était évident que le fumet de chair en décomposition les avait aussitôt avertit. Les Carapacrocs étaient, eux, des prédateurs violents malgré leurs capacités intellectuelles limitées. Le fournisseur de Shannon lui avait raconté que l’un d’entre eux lui avait brisé le bras, au point qu’il avait dû appeler le maître magicien de l’Eglise. Il avait déclaré aussi que leurs carapaces valaient cher. C’était surtout cet élément que la jeune mère avait alors retenu. Quelques jours plus tard, dix de ces créatures était passé sous le fil de son épée, assurant ses dépenses pendant deux mois.

Satisfaite, l’épée en main, Shannon suivit les traces. Elle s’enfonça à travers le feuillage des branches pendant une dizaine de minutes. Elle atteignit un arbre immense, au tronc large, et aux feuilles verdoyantes. Elle dut faire un détour tout en esquivant les larges racines. Dans le même temps, elle vérifia que le vent ne transportait pas son odeur aux narines de ses proies. Ce ne fut que lorsqu’elle termina son détour qu’elle vit les traces s’arrêter au contrebas d’un talus. Voyant des racines d’arbres se suivre tout le long, elle s’y accrocha en espérant que les Carapacrocs ne l’obligerait pas à combattre pendant son ascension. L’inquiétude qu’elle avait à propos des soldats reprit le dessus, si bien qu’elle trébucha légèrement. Nerveuse à cause de son manque de discrétion, elle reprit toute de même sa petite escalade.

Une fois en haut, elle vit un groupe de créatures en train de se partager les restes de la Coquatrice. Il fallait les attirer et pour cela, elle avait dans une sacoche de la viande rouge prête à servir. Elle déposa une tranche généreuse sur le sol et s’éloigna pour observer en bas du talus. Trois bêtes venaient de quitter le groupe et se battaient pour prendre possession du morceau. Puis, ils scrutèrent les alentours tout en reniflant pour trouver d’autres morceaux de chair fraiche. La chasseuse fit quelque pas en arrière pour se dépêcher de mettre en place ses pièges et la viande. Après quelques minutes, elle se cacha dans des fourrés. Sans même se douter de la présence de la chasseuse, ils examinèrent la viande déposée sur le sol humide. Ils ne tardèrent pas à se saisir de la viande de leurs puissantes mâchoires. Les pièges s’enclenchèrent puis un mince filet d’éclair les parcourut. Leurs corps lourds s’écroulèrent dans un bruit sourd. Ils étaient paralysés bien qu’encore conscients. Ils ne pouvaient émettre que de faibles grognements. La jeune mère s’approcha d’eux. Il n’y avait que trois mâles, très âgés, encore assez puissant, mais ne pouvant plus chasser correctement. Lentement, elle passa sa lame sous la gorge du premier monstre et la trancha. Un flot de sang jaillit puis la créature rendu l’âme.

Shannon ne savait pas si les Carapacrocs avaient l’esprit de famille mais l’assassinat de leur congénère les avait tirés de leur latence. Ils lui sautèrent dessus, les crocs dehors, prêts à l’égorger. Shannon esquiva de justesse, et recula doucement tout en analysant la situation. Ses proies étaient devant elle, tout en grognant. La chasseuse utilisa donc toutes les capacités de son hypermnésie. Elle anticipa le bond d’une de ses proies et lui trancha la tête avec dextérité. Puis, elle fit volte-face tandis que la seconde créature hurlait tout en essayant de la mordre. Il étouffa une plainte sourde avant de rendre l’âme, la gorge profondément entaillée. La bête tomba telle une masse sur un lit de branches mortes.

Certains prédateurs étant attirés par le sang, Shannon essuya sa lame et se dépêcha de découper délicatement la peau de ses proies pour y prendre les carapaces.

« Je ne comprends pas pourquoi il y a en si peu. D’habitude, ils viennent à la prochaine saison, et forment une meute de dix individus. » pensait-elle en obtenant son butin.

Mais sa surprise était loin d’être achevée. Elle constata avec horreur que les créatures n’avaient que la peau sur les os. Tous ses souvenirs furent analysés et en un éclair, elle comprit tout. Quelqu’un avait tué les proies habituelles des Carapacrocs. Ceci a dû les pousser à migrer dans les profondeurs de la forêt. Et seul un imbécile comme « lui » avait pu commettre ce désastre.

Elle en eu la confirmation lorsqu’elle vit un débris métallique près du grand arbre. Celui-ci était imprégné de magie « Brasier ». Le genre de piège que l’on utilisait pour chasser pour le plaisir.

*

Shannon revint en ville au pas de course, ne prenant même pas la peine d’aller chez elle pour s’assurer que ses enfants allaient bien. Elle était furieuse qu’un homme entrave sa source de travail et ne remarquait même pas les gens qui s’enfuyaient à la vue de son visage coléreux. La place de la mairie était bondée, mais il fallait qu’elle parle à ce chasseur au plus vite. Elle repoussa ses concitoyens qui attendait pour on ne sait quelle affaire avec le maire et arriva au comptoir où la secrétaire l’attendait habituellement pour prendre ses prises. Un homme âgé d’une vingtaine d’année se tenait devant celle-ci, discutant et plaisantant avec elle, tels de vieux amis. Sans prévenir, Shannon le prit par le col de sa veste et l’écrasa contre le mur.

« Alors ça vous amuse de me piller ? Ca vous amuse d’aller sur les plates-bandes des autres ? hurla-t-elle avec rage.

« Je ne vois pas de quoi vous parlez. Je ne suis qu’un chasseur expérimenté, et vous, une pauvre femme naïve.

A ces mots, la jeune mère sortit sa lame pour la mettre sur la gorge du chasseur. La secrétaire tenta tout de suite de trouver de l’aide, mais personne n’osait stopper cette altercation. Aucun soldat de l’Armée n’était là, et les agents de Police venaient de quitter la Mairie.

« J’ai des enfants à nourrir, c’est pour ça que je chasse. Pas pour me faire bien voir du maire en chassant pour le plaisir. A cause de vos chasses, les Carapacrocs sont partit au fin fond de la forêt !

« Et alors, ce n’est pas ma faute si vous avez pondu deux gosses ! Sale garce !

« Espèce d’égoïste ! répondit-elle en pressant le plat de son épée à proximité de la carotide.

Elle aurait aimé laisser s’exprimer toute sa rage et soulager son cœur meurtri. Cependant, tout ce que Shannon pouvait voir, c’était la mine apeurée du chasseur qui attendait qu’elle prenne une décision sur son sort. Elle se contenta de retirer sa lame, et poussa le chasseur qui s’affala par terre. Puis elle rebroussa chemin, oubliant dans sa rage le sac remplis de carapaces. Cela lui brisait le cœur que des imbéciles comme lui ne comprenaient pas sa peine et ses difficultés. Elle tenait à Sara et Max, et ce n’était pas l’Armée ou de simples hommes capricieux qui allaient l’empêcher de subvenir à leurs besoins.

*

Shannon rentra chez elle, déchaînée contre toute la Terre entière. Elle ignora totalement ses enfants ou Iyu Na pendant l’heure qu’elle passa dans sa chambre, sur son lit. C’était Sara –ayant entendu les cris de sa mère- qui prit l’initiative de lui rendre visite. Entendant ses pleurs et voyant son visage attristé, elle se risqua à lui parler :

« Maman, ça ne va pas ? demanda-t-elle timidement à l’entrée de la porte. Pourquoi tu pleures ?

En l’entendant, la jeune mère se retourna tout en séchant ses larmes. Les soucis s’accumulaient de plus en plus et elle se sentait vraiment sur le point de sombrer. Pourtant, la simple vue de la petite fille lui allégea le cœur et tout parut brusquement moins difficile.

« Maman a des soucis mais je vais les surmonter. Ne t’inquiète pas, répond-elle en ravalant sa peine tout en souriant légèrement.

Shannon ne savait pas si elle avait dit ceci pour rassurer Sara ou pour se rassurer elle-même. Mais, cette réponse fit réagir la petite fille qui plongea dans les bras de sa mère. Cette étreinte franche et pleine d’amour réchauffait le cœur de Shannon qui embrassa Sara sur le front.

« Désolé de vous ennuyer avec mes soucis, pensait-elle en regardant le visage de sa fille. »

« Je peux t’aider, hein ?

« Je vais aller préparer Coby, répondit-elle en esquissant cette fois un large sourire. Ton aide sera la bienvenue.

« Ca, je peux le faire ! s’exclama-t-elle, contente de pouvoir effectuer une action à sa portée.

Elles descendirent donc du lit pour emprunter l’escalier qui menait à l’entrée où l’écurie de Coby la jouxtait. Max fut soulagé de voir sa mère moins triste. Il la suivit et aida sa sœur à préparer la selle, le mors, et les rênes. Il ne restait plus que les sacs de nourriture pour Coby au cas où et tout serait parfait.

*

Shannon sortit son chocobo au-dehors et vérifia que la selle ainsi que les sacs de nourriture étaient bien serrés. Elle se retourna et vit le visage triste de ses enfants. Elle s’empressa de les rassurer en les invitant dans ses bras.

« Ne vous inquiétez. Maman va bien. Je vais rendre une petite visite à Mamie.

« Tu ne disparaîtras pas comme Papa ? Hein ?

« Je vous le promets. Je reviendrais. En attendant, soyez très sage avec Iyu Na et faites ce qu’elle dit, d’accord ?

« Oui, répondit timidement Max en serrant sa mère très fort dans ses bras comme si il sentait qu’il ne pourrait plus la revoir. Sa sœur fit de même en essayant de ne pas pleurer.

« Je vous aime, vous êtes des amours. Elle prit une inspiration avant de continuer sa phrase. Bien, il est temps que j’y aille. Iyu Na, j’ai gardé quelques oiseaux de ma chasse de ce matin, tu pourras les cuisiner pour le repas de ce soir et de midi.

« Comptez sur moi, lui assura-t-elle dans un hochement de tête.

Sûre de pouvoir partir sans risque, Shannon monta sur Coby. Celui-ci prit la direction de la sortie de la ville en couinant. Malgré la confiance qu’elle avait en sa voisine, la jeune mère avait toujours le cœur lourd à l’idée de laisser ses enfants seuls. Mais il était nécessaire, à la fois pour eux et pour elle d’être séparés de temps en temps. Cela renforçait leurs liens.

*

Sullan avait beau connaître une ère de modernité, il y avait très peu de routes pour atteindre Walhalla. De fait, les plaines longeant Sullan jusqu’à la capitale avaient toujours conservé leurs natures sauvage et magnifique. L’herbe verte s’écrasait sous les pattes imposantes de Coby qui galopait sans cesse depuis le début du voyage. Des arbres et des fleurs parsemaient ci et là la plaine, tandis que les petits monstres que Shannon chassait d’habitude gambadaient tranquillement sans intentions hostiles de leur part. L’air frais et revigorant eu aussitôt un effet apaisant sur Shannon qui scrutait le paysage magnifique qui s’offrait à elle. Au moins, l’Armée ne pouvait altérer les beautés de la nature. Les plaines ne renfermant aucun monstre dangereux, Shannon pouvait laisser voguer son esprit dans des souvenirs heureux.

La demande en mariage de son époux, la naissance de Sara et Max, les nombreux entrainements avec son grand-père. Puis, tout fut balayé par des images plus sombres : la salle à manger, des étagères poussiéreuses, une table en bois où une assiette contenait de la nourriture froide. Visiblement, elle était destinée à la jeune mère. Il y avait aussi Iyu Na, le visage inquiet, les enfants pelotonnés dans leurs couvertures dans la pièce au fond. C’était un mauvais souvenir, mais son esprit refusait de s’en extirper. Iyu Na était en train d’hurler en laissant échapper des larmes.

« Madame ! Dites quelque chose ! avait-elle crié jusqu’à en s’étrangler. Dites quelque chose ! S’il vous plait !

La jeune mère, le regard vide, s’était contentée de tenir les épaules de la jeune fille comme si elle avait voulu s’y accrocher. Les enfants s’étaient mis à pleurer. Mais elle n’avait pas pu réagir. Son esprit s’était vidé.

Ce fut un brusque arrêt de Coby qui ramena Shannon à la réalité. Les couinements de celui-ci agressaient les oreilles de sa maîtresse qui dû lui intimer le silence. Un immense mur de verre s’élevait devant eux. Des véhicules roulaient derrière. « Sûrement une nouvelle route, se disait Shannon. » Tout en calmant son chocobo qui était quelque peu apeuré par les bruits des voitures, elle analysa le mur et trouva un passage pour les chocobos au loin. Elle devait faire un détour mais elle n’avait pas le choix.

Son mauvais souvenir tenta de s’imposer de plus belle dans son esprit. Et avec lui, une cohorte d’autres datant de sa phase dépressive. La tristesse et la honte s’empara d’elle et les images heureuses semblèrent se placer hors de sa portée. Shannon respira calmement, plusieurs fois par de longues inspirations. Se tapotant le visage, elle exhorta Coby à continuer son chemin. Après une centaine de mètres, elle atteignit un tunnel menant de l’autre côté de la route. Le chocobo l’emprunta, non sans laisser échapper quelques petits cris d’angoisse. Le tunnel avait beau être éclairé, la sensation d’étouffement était bien réelle. C’est pourquoi la jeune mère poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle atteint enfin la sortie. Walhalla était maintenant devant elle.

Ce qui distinguait Walhalla des villes modernisées, c’était l’immensité des gratte-ciels, l’énorme cercle argenté et parcouru d’une énergie blanche, qui entourait la ville et offrait une sécurité optimale contre les monstres qui oseraient sortir des forêts. La base de la ville était la destination privilégiée des conducteurs de véhicule qui ne pouvaient accéder à l’endroit que par l’intermédiaire des autoroutes. Celles-ci étaient contrôlées par plusieurs bureaux de douane et de postes de contrôles.

Shannon murmura des paroles rassurantes à Coby et l’invita à continuer de galoper en direction de la ville. Après une dizaine de minutes, des hommes habillés en noir lui fit signe de s’arrêter devant une borne métallique. Un policier vint à sa rencontre.

« Veuillez me présenter vos papiers s’il vous plait et déposer vos bagages sur la borne, ordonna-t-il en tendant la main.

Shannon lui tendit sa carte d’identité et descendit de sa monture pour exécuter les ordres. Après une analyse minutieuse de la borne, aucun bruit ne s’en échappa, ce qui signifiait qu’elle ne possédait pas de marchandise prohibée. Ensuite, le policier appela sa collègue pour qu’elle la fouille. Lorsqu’elle vit la lame, elle l’enleva de son étui, provoquant un bruit strident.

« Pourquoi possédez-vous une arme ? demanda-t-elle en la scrutant dans les moindres détails.

« Pour me défendre contre les monstres, répondit-elle sans perdre son sang-froid.

« Vous devez être Shannon Frozt. Des collègues m’ont parlé de vous.

Elle remit l’épée dans l’étui et la salua.

« Après avoir emprunté le couloir, vous aurez accès au centre-ville.

Elle lui indiqua un sas qui était étroitement surveillé par deux autres policiers, armés de fusil. Comme à son habitude, elle donna Coby à un garde, retint le numéro du sas pour le retour, puis attendit qu’on lui ouvre.

*

De nouveau soulagée de quitter l’oppressant tunnel, Shannon dût former une visière avec sa main gauche pour mieux voir l’imposant Quartier Général de l’Armée Sainte et son symbole doré, une croix surmontée de cinq paires d’ailes. A côté, des hologrammes publicitaires affichaient des femmes ou des hommes en train d’utiliser et de vanter les effets d’un produits. D’autres rappelaient les principes de pureté de l’Armée et de l’Eglise : « Ne tue point ; Ne vole point ; Ne trompe point ; Prie pour la bonté d’Arss ; Respecte ton prochain et les émissaires de ton Dieu; Ne fréquente surtout pas d’hérétiques ; efforce toi d’être pur en suivant ces règles. »

« Quelle hypocrisie, pensait Shannon en revoyant les scènes atroces de Sullan.

Elle emprunta la rue qui s’offrait à elle puis la longea pour finalement arriver devant un bâtiment d’une douzaine d’étages qui faisait pâle figure face aux autres buildings. Le bruit intense du centre-ville pressa Shannon à se réfugier chez sa belle-mère. Mais un dispositif à l’entrée avait été mis en place depuis sa dernière visite. Voyant que des noms avaient été inscrits dessus, elle pressa le bouton à côté d’Ariane Frozt. Aucune réponse. Puis, une cloche sonna, résonnant son doux son dans la ville, surpassant les bruits des villes. Cette mélodie provenait du Temple, derrière le Quartier Général de l’Armée Sainte. Elle indiquait qu’une grande cérémonie aurait lieu. Shannon fit tout de suite le lien avec l’absence d’Ariane. Il fallait qu’elle subisse encore une cérémonie. Craignant que la vieille femme ne soit trop impressionnée par le bruit incessant de la capitale, elle se rendit tout de suite au Temple, ouvrant l’œil. En effet, sa belle-mère ne sortait que très rarement, mais essayait de son mieux d’en apprendre plus sur la religion Arssite. « Peut-être voulait-elle voir une cérémonie de ses propres yeux » songea Shannon en scrutant la rue à sa recherche. Ceci n’était pas facile, au vue de la foule compacte qui se formait dans les rues. Mais miraculeusement, les gens s’écartaient à la vue de sa lame, comme s’ils craignaient pour leurs vies. Le Temple fut bientôt en vue mais elle ne trouva personne.

*

En approchant de sa destination, la jeune mère oublia ses recherches pour se concentrer sur l’imposante statue de marbre qui trônait au sommet du dôme. Elle représentait un fier guerrier sur son cheval, tenant un bouclier et une épée. Décidemment, cela faisait longtemps qu’elle n’était pas venue. Espérant qu’Ariane soit à l’intérieur de l’Eglise, elle se faufila à travers la foule pour y entrer.

Si l’église de Sullan était grande par la taille, celle de Walhalla était à la fois vaste et immense. Elle était formée d’un large dôme soutenu par des piliers. Les épaisses portes étaient décorées par des symboles sculptés sur le bois. La perfection se transmettait aux fidèles par la symétrie des symboles et des Chimères représentés. L’intérieur était encore plus impressionnant. Chacune des Chimères connues étaient sculptées à même le mur, tandis que quatre autres entouraient la statue de Arss l’Intemporel. Bahamut le Destructeur, Alexandre l’Invincible, Odin l’Epée divine, et Altimicia l’Ouragan. En face des statues, le Haut-Prêtre habillé de son habituelle tunique dorée, attendait sur son trône que la salle soit remplie de fidèle. Une centaine de bancs étaient prévus à cet effet. Au plafond pendaient de splendides lustres, éclairant les peintures murales, représentant les batailles d’Arss.

Shannon ne s’attardait pas sur ses détails et scrutait plutôt la salle qui se remplissait de plus en plus. Puis, elle vit une chevelure rouge accompagner une vieille dame. Intriguée, elle s’approcha d’eux et distingua à travers les cheveux blancs de la femme, les traits de sa belle-mère.

« Ariane ! Je me suis inquiétée de ne pas vous voir !

« Tout va bien Shannon ! répondit-elle affectueusement, Redd était là pour m’aider.

Le jeune garçon, l’air absent la regarda attentivement comme s’il attendait quelque chose.

« Merci de l’aider, Redd, finit-elle par déclarer.

« Pas de problème ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut rencontrer une femme comme Ariane. Enfin, je veux dire…

« Je vois de quoi tu veux parler. Bien, cherchons une place, nous pourrons faire connaissance après.

Apparemment ravis de pouvoir faire plus ample connaissance avec elle, Redd continua d’aider Ariane à marcher pour finalement trouver un banc avec encore quelques places. Le Haut-Prêtres débuta son discours à ce moment précis. Durant une heure, il fit son discours habituel sur la bonté d’Arss, et parla de l’Epée divine, le protecteur de Walhalla :

« Cette Chimère mythique nous protégera avec son épée, soyez-en sûr. Elle ne se montre qu’aux plus méritants mais sa volonté éloignera le Mal de ce lieu sacré. C’est ainsi que je finirais cet enseignement. Ainsi soit-il.

Il leva ses paumes au ciel puis l’assistance le suivi dans son geste. Contrainte de faire de même, Shannon laissa échapper une grimace qui n’échappa pas aux observations de Redd. Il était un peu plus de midi maintenant et il était temps de partir. Shannon remarqua un vieillard, escorté par une femme. Ils portaient tous deux la croix ailée sur leur veste. Voyant son regard interrogateur, Redd prit l’initiative de lui expliquer.

« Le vieil homme est un ancien soldat. Cela date de l’époque où Arss n’était pas encore intervenu dans les affaires humaines. Il s’appelle Maximus Crow et il est devenu le Commandant en Chef de l’Armée Sainte. A ses côtés, c’est le lieutenant Artessa Terps. Un soldat de seconde classe. On raconte qu’elle pourrait bientôt grimper les échelons de l’Armée.

Shannon étudia le physique du lieutenant plus attentivement. Elle avait ce qu’on pourrait appeler le physique de l’emploi. Des yeux bleus, un regard froid et déterminé, des cheveux bruns, des bras ni fin ni épais, mais d’une force importante et une stature qui imposait le respect. Tout dans sa manière de se déplacer évoquait son entrainement militaire. « Elle doit être le genre de personne que l’on préfère avoir de son côté, se disait Shannon » Elle prit ensuite le temps de scruter plus attentivement le commandant Crow. Son aspect courbé, son crâne vide, tout intensifiaient sa vieillesse. Mais son regard évoquait quelque chose de particulièrement abject. Le genre d’homme prêt à tout pour arriver à ses fins. La jeune mère était gênée, du seul fait d’avoir posé son regard sur lui. Elle détourna les yeux et conduisit sa belle-mère et Redd dehors.

*

Après cette importante cérémonie, la jeune mère accompagna Redd et Ariane jusqu’à l’immeuble où celle-ci habitait.

« Alors comme ça, vous ne croyez pas en Arss, Madame ? demanda brusquement le jeune homme, l’air insouciant.

Shannon fut prise de panique, et regarda autour d’elle pour être sûre que personne n’avait entendu la remarque du jeune homme.

« Vous inquiétez pas, je suis ce que les gens appellent un tolérant.

« Un tolérant ?

« Quand il s’est rendu compte que je ne croyais pas en Arss, Redd ne m’a accusé de rien. Il a continué de s’occuper de moi.

« Pour moi, il faut changer les méthodes de l’Armée. Ce n’est pas en exécutant les gens qu’on peut apporter la religion dans leur cœur.

Shannon fut étonnée de la clairvoyance du garçon en la matière. Elle pensait que les fidèles craignaient tous les hérétiques.

« Si vous avez du temps, je pourrais vous apprendre plus de chose sur la religion Arssite.

« C’est une bonne idée, mais j’ai beaucoup de travail en ce moment, répondit-elle en lisant la passion de Redd dans ses yeux.

« Ah, je vois, répondit-il, un peu déçu.

« Par contre, peux-tu me dire ce qu’était cette statue au sommet du Temple ?

« C’est la statue de l’Epée Divine, le protecteur de Walhalla. Les légendes disent qu’Arss avait placé sa confiance en lui pour qu’il puisse combattre Chadaz et ses émissaires.

« Je n’avais jamais entendu parler de cette légende. Tu es plutôt bien informé pour quelqu’un de ton âge.

« C’est normal. Je suis Invokeur !

« Invokeur ? Mais, tu n’as pas l’air d’aller dans une école pour ça et tu ne portes pas de corne, ni même la tenue adéquate.

« Bah, je suis un Invokeur…euh, clandestin !

Voyant le visage incrédule de Shannon, il essaya d’être plus précis.

« Désolé ! Je suis un Invokeur mais, je n’avais pas assez d’argent pour me payer l’école. Je vous raconterais cela plus en détail chez Mme Frozt !

*

Rentré au domicile d’Ariane Frozt, celle-ci soulagea son corps affaibli par la vieillesse en se reposant sur son fauteuil moelleux et confortable. Redd proposa de faire du thé. Proposition que les deux femmes acceptèrent avec plaisir. Le jeune homme murmura quelques mots puis prit la direction de la cuisine. La jeune mère crût entrevoir un instant le bras d’une créature serrer l’épaule de l’Invokeur. Sa belle-mère engagea la conversation en demandant des nouvelles de sa belle-fille et de ses petits enfants. Ariane fut ravie des progrès de Max et Sara en matière de lecture mais s’inquiéta de la situation financière de Shannon qui lui assura qu’elle trouverait de quoi subvenir au besoin de sa famille. La jeune mère se renseigna à son tour sur la situation d’Ariane. Celle-ci poussa un soupir avant d’expliquer que, n’ayant aucun pouvoir magique, les services d’administration avaient assigné des réparateurs dans les Immeuble des Invalides. Ceux-ci hébergeaient les personnes ayant des difficultés physiques ou psychologiques.

« Des réparateurs viennent tous les mois effectuer des contrôles. Il est trop tard pour moi d’apprendre la magie. Elle poussa un soupir. En tous cas, ta présence me réchauffe le cœur.

« Je l’ai compris lorsque vous m’avez téléphoné la semaine dernière. Mais, comme Coby avait difficilement supporté la turbulence des enfants, j’ai préféré ne pas les emmener.

« Dommage. Il leur faudrait un autre chocobo.

« C’est ce qu’il n’arrête pas de me demander en ce moment ! s’exclama-t-elle en souriant, l’air amusé.

Soudain, elle remarqua que Redd les écoutaient sur le pas de la porte. Celui-ci semblait ailleurs mais aussi très impressionné par sa nouvelle connaissance.

« Tu peux venir, tu sais ? dit Shannon en lui souriant.

« Désolé, c’est juste que je vous trouvais déjà très courageuse mais savoir que vous élevez seule vos enfants, ça me rends encore plus admiratif.

« Assez parlé de moi ! coupa Shannon, un peu gênée. Alors, tu t’occupes de ma belle-mère depuis longtemps ?

« Hé bien, je ne m’en occupe que depuis quatre ans. Elle commençait à avoir des problèmes de mobilité et je me suis proposé pour l’aider.

« Et tu m’as été d’une grande aide !

« Mais, ce n’est vraiment rien, répondit-il en rougissant.

Sentant son embarras d’être ainsi félicité, Shannon reprit la parole :

« Tu as des parents ?

La question glaça le jeune homme d’effroi. Il ne connaissait pas ses parents. Du moins, pas leurs visages. Il lui arrivait de rêver d’eux, de parler avec eux mais il ne se souvenait jamais de leurs visages. Le pire dans tout cela était qu’il possédait une multitude de souvenirs vivaces mais, là encore, tout était curieusement brouillé par le même phénomène. Tout cela engloutissait Redd dans une profonde tristesse. Ariane prit donc l’initiative d’expliquer ce problème à Shannon. Comprenant sa peine, la jeune mère se leva du fauteuil pour lui saisir la main, et murmura :

« Je peux te dire que tes parents seraient fier de toi.

« Comment ça ?

« Parce que tu as assez d’amour pour te soucier d’eux. Tu me fais penser à Max et Sara. Prends ça comme un compliment, lui dit-elle en souriant.

*

Des cris déchirèrent le silence habituel de la ville lors des repas de midi. Par réflexe, Shannon s’approcha de l’immense fenêtre, la main sur la garde de sa lame, prête à servir. Le spectacle qui s’offrit à elle était irréaliste. Des dizaines de Luvernes volaient et attaquaient les habitants de Walhalla. De taille humaine, leurs ailes et leurs pattes puissantes, surmontées de griffes les rendaient encore plus dangereux que les Carapacrocs. De la rage écumait de leurs gueules. Des soldats sortirent du superbe Quartier Général de l’Armée Sainte pour abattre la nuée de dragon noir qui effrayait la population. Mais, n’étant pas assez entrainé pour se battre contre ce genre de créatures, ils furent tous abattus par leurs griffes, ou même décapités.

« C’est quoi tout ce cirque ? s’exclama Redd qui restait auprès d’Ariane pour pouvoir la protéger.

Shannon n’eut pas le temps de répondre. Un Sombuna se dirigeait vers elle, la scrutant de ses yeux blancs. La jeune mère recula, tirant sa lame. La fenêtre se brisa en mille éclats. En une seconde, Shannon plongea son arme dans la wiverne et la fit pénétrer dans le cœur de la bête. Celle-ci rendit son dernier souffle, laissant retomber sa griffe qui entailla légèrement la gorge de Shannon.

« Mais, je pensais que les Luvernes ne sortaient que la nuit. L’Invokeur s’inquiéta lorsqu’il vit la jeune mère prendre la direction de la sortie. Vous ne pensez pas allez les combattre ? Le regard déterminé de Shannon lui suffit comme réponse. Non ! S’il vous plait ! Je ne veux pas que vous preniez un tel risque !

Il tenta de saisir sa main. A peine l’eut-il touchée qu’ils restèrent tous deux immobiles, sentant une grande force les envahir. Redd était en train de revivre ses rêves. Puis, un visage se dessina à la place du visage de sa mère. Des cheveux roux et raides, de magnifiques yeux verts, un visage fin. Le visage de Shannon prit place dans le souvenir qu’il avait de sa mère dans son esprit comme en son cœur.

« Mère, murmura-t-il, lâchant la main de la jeune mère.

*

Armée de sa lame, la jeune mère dévala les escaliers et sortit du bâtiment. Un homme s’écroula à ses pieds, baignant dans son sang. « Les carnages sont rares mais très violents. » remarqua Shannon en enjambant le cadavre. L’un des lézards se jeta sur elle. Elle prononça une incantation et des flammes engloutirent la créature. La tête carbonisée, celle-ci tenta une dernière attaque. Shannon fit un bond sur le côté et acheva la bête en lui tranchant la gorge.

N’ayant pas le temps de s’attarder sur ses nouveaux pouvoirs, elle les utilisa pour se débarrasser des autres petits dragons qui ne cessaient d’attaquer la population. Elle tenta de les abattre en plein vol mais, ne sachant pas viser, ce n’était jamais le bon Luverne qu’elle touchait. Ce ne fut que lorsqu’elle en eut assez qu’elle découvrit qu’elle pouvait également jeter un sort de foudre. La puissance des éclairs n’avaient rien à voir avec celles des pièges de la chasseuse. Les dragons tombèrent comme des mouches, laissant une occasion à la jeune mère d’en abattre quelques uns avec dextérité.

Elle s’approcha d’une mère et de son jeune garçon et leur ordonna de trouver un abri sûr. Ils ne discutèrent pas cet ordre et se rendirent à l’intérieur du plus proche des bâtiments.

Gisant sur le sol, quelques Luvernes se relevèrent malgré leurs blessures et poussèrent des rugissements. Leurs yeux opalins brillaient mais n’effrayaient pas pour autant Shannon qui serra très fort sa lame et, toujours avec précision, taillada les dragons, laissant de larges blessures sur leurs ventres et leurs têtes. Toujours en position, les sens aiguisés, elle scruta les alentours et, voyant d’autres dragons fous de rage par ce massacre, elle se jeta sur le côté pour esquiver la nuée. Elle voulut utiliser la magie lorsque les crocs d’une des bêtes se refermèrent sur son bras, déchirant la manche de sa chemise. Un mince filet de sang coula le long de son bras, tandis qu’une couleur noirâtre se mélangea au liquide vermillon. La jeune femme eut le souffle coupé. Elle reprit ses esprits et s’enfuit de la scène, son bras gauche pendant au rythme de sa course. Elle trouva refuge auprès de la mère qu’elle avait sauvé un instant plus tôt.

« C’est quoi ce poison ? pensa-t-elle en examinant sa blessure du coin de l’œil.

« Quels sont ces monstres ? Ô Arss, envoie-nous ton messager divin, je t’en conjure. Sauve nous de Chadaz et de ses monstres infâmes ! hurla la femme en levant les mains au ciel.

« Ne criez pas ! Vous risquez d’attirer les Luvernes !

A peine eut-elle finit sa phrase qu’elle se raidit de peur. Les noms ! Elle qui avait toujours été discrète ! Elle observa la femme, guettant une réaction. Celle-ci continuait sa prière. Shannon fut rassurée en constatant que son erreur pourrait ne pas lui être fatale. Mais il fallait qu’elle disparaisse vite à présent.

Le poison continuant toujours de couler dans ses veines, son bras ne pouvait plus bouger, tandis que la jeune mère ressentait une vive douleur à sa hanche. Elle saisit son bras pour éviter de se blesser et examina la rue. Les monstres volants semblaient ne pas avoir encore entendu la femme en train de prier. Elle allait pousser lentement la porte de son refuge quand soudain, la mère se mit à psalmodier des prières d’une voix exagérément forte, suppliant son dieu de la protéger. Un dragon brisa le mur à droite de Shannon et plaqua celle-ci au sol. Sa bave écumante comportait des taches noirâtres et coulait lentement près de la gorge de Shannon. Par réflexe, elle empoigna sa lame tel un poignard et entailla la peau cuirassée du dragon. Quelques gerbes enflammées s’échappèrent. La force de son adversaire l’empêchait de viser correctement la partie grisâtre de son cou, seule partie où l’on pouvait espérer le tuer au corps à corps. De plus, l’immense lézard faisait claquer sa mâchoire, forçant la jeune mère à ne jamais cesser de se débattre. Par chance, son arme revint à sa portée. Elle tira de toutes forces sur la lame, arrachant une plainte au monstre qui relâcha son étreinte. Shannon en profita pour transpercer sa gorge de sa lame. Elle eut à peine le temps de s’écarter du corps massif du dragon qui s’effondra.

La panique l’envahit, faisant trembler légèrement ses membres. Sa douleur à la hanche devint plus intense. Du coin de l’œil, elle scruta l’endroit où la femme priait. Elle restait assise, la regardant d’un air apeuré.

« Ne restez pas là ! Fuyez ! Ces monstres vont nous retrouver !

Elle tomba à genoux tant la douleur à sa hanche devint insupportable. Cette dernière se propagea à la poitrine. « Le poison » songea Shannon, le visage crispé.

Le femme saisit la main de son petit garçon et enjamba les débris à proximité du trou causé par le monstre gisant dans son propre sang. L’un de ses congénères s’écrasa devant eux, le corps transpercé d’une lance. Shannon la reconnut tout de suite. Il s’agissait de celle du soldat Artessa Terps. Celle-ci atterrit au sol, équipée d’une armure bleuté couvrant son buste, ses bras et remplaçant sa jupe habituelle par une version un peu plus large et blanche. Elle gardait toutefois son fin pantalon noir et l’étui de son pistolet avait été remplacé par de solides jambières. La croix de l’Armée se dessinait dessus. Elle analysa les alentours et s’assura que la mère et son fils puissent gagner un endroit sûr. Elle ne s’attarda pas sur le visage crispé de Shannon et se précipita vers une nuée de Luvernes qui s’en prenait à un garçon. Sa façon de se déplacer, de se défendre, confirmait son entrainement militaire. Mais ses gestes étaient beaux et gracieux malgré leur violence.

Passés de longues minutes, les monstres rendirent l’âme à une vitesse impressionnante. Rien ne pouvait arrêter les machines de l’Armée qui, une fois déployées, devenaient un véritable atout pour les représentant de Arss. Des rayons bleus foudroyaient les dragons, tandis que le Lieutenant Terps et d’autres soldats venaient en renfort.

La bataille venait de prendre un tournant décisif. En effet, les quelques monstres survivants gisaient sur le sol, se mourant lentement. Shannon continuait à se battre, malgré la douleur qui s’était emparée de son corps. Celle-ci devenait de plus en plus intense et la jeune mère menaçait de s’effondrer à chaque instant. Soudain, ses sens s’emballèrent et la sensation de danger chassa la douleur. Elle sentit une effroyable masse de magie concentrée dans l’air, prête à déferler sur la ville. Et il faudrait bien plus de soldats pour la mettre hors d’état de nuire que la ville n’en avait déployé jusqu’ici.

Shannon fut stupéfaite de constater la présence de Redd au milieu de la large rue. Elle voulut crier, mais son corps était épuisé par le poison. Terrassée, elle s’effondra sur le bitume froid. Le jeune Invokeur la vit et hurla :

« Mère ! »

Une voix retentit dans sa tête. Elle était douce, rassurante et belle. Il s’agissait de la voix de sa mère. Celle qu’il voyait dans ses songes.

« Tu peux encore la sauver, mon chéri…Aie confiance en toi….Tu peux y arriver.

Machinalement, il reproduisit les mouvements qu’exécutaient les Invokeurs dans les écoles, destinés à faire apparaître les divines créatures. Une douce lumière enveloppa ses paumes et son front. Lentement, il prononça les incantations, curieux sifflement mélangé aux mots. Un cercle se forma au sol, éclatant d’une pure lumière blanche. Des bruits de sabots fendirent l’air tandis qu’un grand cheval blanc galopait à la rencontre de Redd. Une longue crinière dorée parcourait son encolure et son dos comme une cascade tandis que deux cornes courbées vers l’arrière jaillissaient de sa tête. Redd restait étonne. Tout autant d’avoir réussi son invocation que de voir la corne opaline sur son front croître légèrement. La créature s’approcha. Son maître hésita un instant puis la toucha avec une émotion palpable. Constatant qu’il ne craignait rien, il observa sa chimère en détail. Elle était telle qu’il se l’était toujours imaginé.

« J’ai réussi, Kirin.

« Ta mère serait fière de toi, répondit la créature. Et je le suis aussi. Bien, allons maintenant soigner les blessés ! »

La chimère pivota sur elle-même, dardant son regard sur la rue. Un léger clignement des paupières et aussitôt, une vague d’énergie bienfaisante se dégagea de Kirin. Son pouvoir enveloppa la rue et guérit, par miracle, chaque personne blessée par les monstres. Shannon sentit peu à peu la douleur la quitter au profit d’une douce chaleur enivrante. Elle put enfin se relever.

Tout à coup, le froid s’imposa. Une créature apparut. La jeune mère reconnut tout de suite la magie qui s’accumulait dans le ciel. Lorsqu’elle vit plus en détail le monstre, elle se figea. « Un Béhémoth… » murmura-t-elle. Même si elle ne connaissait pas encore les capacités de ce monstre, Shannon eut la conviction subite qu’il fallait s’enfuir, quitter la cité ou se mettre à l’abri. Le monstre possédait de grands crocs acérés, une peau violâtre, de grandes cornes et une queue battante surmontée de pointes.

« Kirin, je vais invoquer Ifrit !

« Tu es sûr ? Ce monstre est bien plus gros !

Sans lui répondre, Redd fit disparaître Kirin dans un filet de lumière avant de prononcer une autre incantation. Des flammes entouraient maintenant ses mains, décrivant de larges cercles dans l’air. Puis, l’Invokeur plaqua sa main au sol et un monstre cornu s’extrayit d’une immense colonne de feu. Son long museau semblable à celui d’un chien laissa échapper quelques flammèches. Sa fourrure cramoisie et sa fière musculature lui octroyait un air impressionnant. Ses pattes étaient constituées de larges paumes et d’immenses griffes. Plusieurs soldats tremblèrent devant la carrure de la créature divine. Cependant, Kirin avait dit vrai. Ifrit ne mesurait que trois mètres, alors que le Béhémoth était bien plus massif et plus lourd. Celle-ci se redressa sur ses pattes arrière et poussa un rugissement assourdissant. Il se précipita tout droit sur la Chimère, laissant échapper des nuages de vapeur par son museau.

« Vas-y, Ifrit !

Ifrit prit une grande inspiration avant de s’embraser littéralement. Se tenant sur ses pattes arrière griffues, il bondit jusqu’au Béhémoth et le frappa à la poitrine. Ce dernier eut le souffle coupé, tant la force déployée par le Puissant était inimaginable. Il chancela mais parvint à se rattraper grâce à un building. Il hurlait tout de même de douleur. Sa poitrine était dévorée par un lit de flammes, le consumant petit à petit sans vouloir s’éteindre.

« Tiens-toi à distance ! cria Ifrit dans l’esprit de son maître.

Il concentra une puissante énergie entre ses griffes avant de la projeter avec violence sur le monstre. Des arcs de flammes déferlèrent. Au loin, Shannon dû se protéger tant l’impact de la déflagration avait été puissant. Elle se figea, muette de surprise en voyant le corps massif du monstre s’écrouler au beau milieu de la rue, le corps calciné. La bataille était maintenant terminée. Redd, épuisé par ses efforts pour maintenir Ifrit et Kirin dans le monde réel posa un genou à terre, tandis qu’Ifrit disparut dans un torrent de flammes.

« Bravo mon chéri, lui murmura la douce voix de sa mère.

Celui-ci eut un sourire qui s’effaça à l’instant même où il vit Shannon. Elle était menacée par une horde soldat. Le lieutenant Terps, à la tête du groupe, la regardait d’un air glacial tandis que la femme que la jeune mère avait sauvée la pointait du doigt :

« C’est elle ! C’est une hérétique !

Shannon, tétanisée, réalisa tout de suite la grossière erreur qu’elle avait commise. Les hérétiques étaient des ennemis d’Etat. Et cette accusation mettaient tout autant Shannon que ses enfants en danger de mort.
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